Le Bleu et l’Étranger
Le Bleu et l’Étranger est une série de photographies qui explore les contours flous de la mémoire, celle de ma famille, dans un dialogue entre l’absence et l’imaginaire.
C’est une quête intime, née d’un désir de comprendre mes racines. Mes grands-parents, Tunisiens , m’ont légué une histoire que je ne connais qu’à travers des fragments de souvenirs transmis à demi-mots.
Tunis, cette ville où ils ont grandi. Je m’y suis aventuré sans carte ni certitudes, à la recherche d’empreintes possibles, de détails suspendus dans l’air entre passé
et présent. Je me suis laissé guider par le bleu : cette teinte vibrante qui relie le ciel à la mer Méditerranée, une couleur à la fois frontière et promesse, lourde d’échos
et d’absence.
Chaque photographie tente de combler un vide, de mettre en lumière ce qui est resté dans l’ombre. Les murs érodés, les fenêtres closes et les ruelles étroites murmurent des secrets oubliés, des fragments d’histoires universelles d’exil, d’appartenance et de séparation. C’est là, entre les interstices des pierres et les reflets évanescents,
que je cherche des traces de leur passage, et peut-être aussi, de mon propre enracinement.
Le bleu, omniprésent dans cette série, devient un fil conducteur. Il est à la fois une lumière apaisante et une frontière insaisissable, un lieu de perte et de renaissance. Dans ses multiples nuances, il évoque des souvenirs collectifs mais aussi des questionnements personnels. Quelle est cette mémoire que l’on porte sans la connaître ?
Ces images ne racontent pas seulement une histoire familiale ; elles interrogent des absences plus vastes, des mémoires que le temps efface doucement mais qui laissent des empreintes dans les détails du quotidien. Elles explorent ce qui survit dans les fissures du passé et les reflets du présent.
En arpentant ces lieux, je suis devenu un étranger dans une terre qui aurait pu m’être familière, un voyageur à la recherche d’une mer qui donne naissance à une mémoire disparue. À travers chaque éclat de lumière, chaque ombre bleutée, j’ai cherché une présence, une résonance. Dans ce bleu méditerranéen, peintre du soi, j’ai voulu retrouver une part d’eux et une part de moi-même.
Le Bleu et l’Étranger est une dérive dans l’imaginaire, une méditation sur l’identité et la mémoire. Ces photographies tissent un lien fragile mais profond entre les vestiges d’un passé et l’effort de réinvention, entre la lumière et les histoires enfouies. Elles invitent à scruter ce qui subsiste, à écouter ce que les absences ont encore à nous dire.
Dans ce dialogue contemplatif, j’ai tenté de donner une forme à ce qui reste lorsque tout semble s’effacer.
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